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EAN : 9789969525182
Édition papier
EAN : 9789969525182
Paru le : 31 déc. 2099
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- EAN13 : 9789969525182
- Collection : POEMES DU
- Date Parution : 31 déc. 2099
- Disponibilite : Pas encore paru
- Barème de remise : NS
- Nombre de pages : 114
- Format : H:190 mm L:140 mm E:5 mm
- Poids : 120gr
- Résumé : Sept questions à Mary Noonan1/ Une autobiographie en quelques mots.Née à Londres, et élevée à Cork, j’ai vécu à Bruxelles et à Londres, avant de retourner à Cork. Je suis professeure de littérature française à l’université de Cork. J’ai commencé à écrire et à publier des poèmes après la mort de ma mère, en 1998. Dans mon esprit, mon entrée dans la poésie coïncide avec sa mort. J’ai publié mon premier recueil de poèmes, The Fado House, en 2012, et mon deuxième, Stone Girl, en 2019. Mon troisième – sans titre pour le moment – sortira en 2025/2026. Il s’agit d’un recueil d’élégies pour mon compagnon, le poète Matthew Sweeney, qui est décédé en 2018.2/ Comment répondre à une injonction brusque : « Définissez la poésie. »Impossible à définir ! Mais pour moi, le poème doit rendre le monde, la vie étrange. Le poème est un obstacle à la compréhension, à notre quête du sens. La poète est à la découverte de quelque chose, mais elle ne sait pas très bien ce que c’est – cette « chose » se révèle au courant de la composition du poème. Le poète doit découvrir les moyens d’excéder ses frontières cognitives « normales », et d’après Seamus Heaney, « faire une rafle dans l’inarticulé ». C’est de ce conflit entre le verbe et le pré-verbal que naît le poème. Le poème est perturbant et pour le poète, et pour le lecteur. Et cette perturbation a lieu au niveau du langage. 3/ Prose et poésie, la distinction a-t-elle un sens ?Pas tellement. Il y a de la prose qui a la densité, l’économie linguistique et l’intensité affective du poème. Et il y a la tradition du « poème en prose » – depuis Baudelaire, Rimbaud, au moins. Et je constate parmi les jeunes poètes d’aujourd’hui, le désir de faire tomber les barrières entre les genres, d’instaurer un glissement dans tous les sens. Tout est matériau pour le poème, et le poète se sent libre de piller dans toutes les formes. Mais le poème reste distinct de la narration, du récit. En général, le poème ne raconte pas. Le poème représente un dérangement de sens, pour citer Rimbaud, mais aussi un dérangement au niveau de la langue. 4/ De la forme (et du formel) en temps de crise.La forme rassure. On aime les règles, les contraintes, les structures préétablies. Comme un enfant, la poète se trouve rassurée, et peut-être confortée, quand elle se retrouve à l’intérieure d’une tradition qui semble la protéger. Et surtout en temps de crise, quand le monde semble au seuil du catastrophe, de l’écroulement, on aurait besoin de ce sentiment de sécurité. On aurait envie, peut-être, de se recroqueviller, de croupir dans la coque des formes établies et testée par nos prédécesseurs.La forme est aussi un bon moyen de distraire la pensée analytique. Et quand l’esprit plus ou moins rationnel est préoccupé par les règles de la prosodie, la matière qui d’habitude reste enfouie dans l’inconscient, au niveau du moi préverbal – et qui ne peut pas être voulue ou forcée – peut être déclenchée. Dans un sens, donc, la forme peut distraire la raison pour que l’inarticulée puisse s’infiltrer dans les mots.Ceci dit, tout poème est formel – que ce soit la forme de la tradition ou une forme inventée par la poète à l’occasion de l’écriture du poème. Chaque poème interpelle sa forme.5/ Quel avenir pour la poésie ?Dans les pays anglosaxons, le nombre de personnes qui écrivent la poésie, et qui la publie, est en croissance. Il y a de plus en plus de poètes ! Donc, en principe, la poésie est en bonne santé. Dans ces pays, il y a aussi le phénomène des licences et des maîtrises en ‘creative writing’. Ces programmes produisent des diplômés qui, à leur tour, veulent enseigner, au niveau universitaire, l’écriture, y compris la poésie. Et il y a une demande pour ces cours. Plus l’intelligence artificielle essaie de nous contrôler, plus on désire trouver des moyens d’exprimer notre condition. Mettre en mots l’espèce humaine, après Antelme. Notre condition de femme ou d’homme. Je pense aux vers de Benjamin Fondane, écrits deux ans avant sa mort à Auschwitz :souvenez-vous seulement que j’étais innocentet que, tout comme vous, mortels de ce jour-là,j’avais eu, moi aussi, un visage marquépar la colère, par la pitié et la joie,un visage d’homme, tout simplement !(Benjamin Fondane, L’Exode, 1942)L’intensité de l’interaction des mots et du corps qui est demandée par la pratique poétique me semble propice à l’expression du cri humain. Trouver une forme verbale qui donnerait vie à ce visage marqué par la colère, par la pitié et la joie. « L’absurde naît de la confrontation de l’appel humain avec le silence déraisonnable du monde » écrit Camus dans son essai Le Mythe de Sisyphe. La poésie en naît aussi. Et comme dit Beckett, « On a le temps de vieillir. L’air est plein de nos cris. » (En attendant Godot) La poésie donne voix à notre appel, à nos cris.6/ La part de la prosodie dans l’élaboration du poème.La poésie est essentiellement une forme orale, et donc elle fonctionne à travers le son – que ces sons soient mélodieux, dissonants, ou entre les deux. La poésie se nourrit de la résonance des mots, leur capacité à résonner dans la chambre d’écho de la pensée, de déclencher des souvenirs auditifs. Cela a à voir avec la transmutation de la voix en mots – la voix écrite. La poète transcrit les voix qui lui viennent de son imagination auditive. Et elle essaie de capter, de transcrire les rythmes de ce langage primitif. Car la matière de l’imagination auditive n’est pas forcément organisée selon les règles du langage syntaxique. Elle peut atterrir sur la page par bribes, par fragments de phrases. Ce qui prime est le son, le rythme de ces morceaux déréglés. La poète essaie d’entendre ces rythmes, ces sonorités, et ensuite de les transmuter en mots. Notre relation au son, et à la voix, ouvre une voie vers ce moi primitif, source et origine du poème. Pour moi, la prosodie poétique n’est pas un système de règles auxquelles il faut adhérer, mais plutôt une attention vive, intense aux rythmes et aux sons des mots qui nous viennent.7/ La place de la traduction dans l’écriture poétique.Tout simplement, la traduction est un acte de générosité extrême de la part de la traductrice, qui offre, à nous lecteurs de poésie, tout un monde. Récemment, j’ai assisté à un festival de poésie dans la ville de Cork, en Irlande, où deux poètes russes – Polina Barskova et Valzhyna Mort – ont lu leur vers en russe et en anglais. Les traductions m’ont permis d’accéder à un monde inconnu de moi, dont les sons et les rythmes me semblaient étranges, étrangers. J’ai trouvé la lecture exaltante. Le poète Robert Frost a constaté que “Poetry is what gets lost in translation“ – la poésie est ce qui se perd dans la traduction. La traduction de la poésie présente, il est vrai, des défis particuliers au traducteur. Mais le poème peut revivre dans une autre langue, et trouver des lecteurs dans d’autres cultures. Le poème traduit peut entrer en dialogue avec le poème d’origine, et donc l’acte de traduire a cette capacité de mettre deux voix (deux poètes) en dialogue à travers le temps et l’espace. Il ne doit pas y avoir d’hiérarchie entre le poème d’origine et sa traduction. L’original ne prime plus – il y a maintenant deux poèmes, deux voix, en dialogue. Ou deux musiques qui se font une sérénade en deux langues différentes. Quelle richesse pour le lecteur ! Et puisque la poésie travaille l’inconscient d’une culture, avec ses langues, ses paysages, ses histoires, la traduction de la poésie met les cultures en dialogue à un niveau profond.Le traducteur de la poésie connaît à fond deux territoires, et a la volonté de faire passer une cargaison, un troupeau ou un matériau langagier entre ces deux territoires. C’est pour cela que la traductrice Mireille Gansel a intitulé son recueil d’essais sur la traduction Traduire comme transhumer. Donc, la traduction est marquée par une connaissance profonde de deux territoires ; par du respect – de l’admiration ? – pour ces deux patrimoines ; par la volonté d’accueillir l’autre et de négocier la différence. Plus que jamais, dans notre pauvre monde, nous avons radicalement besoin et de la poésie, et de la traduction.



















