Prismes 9

Kime - EAN : 9782380722246
,
Édition papier

EAN : 9782380722246

Paru le : 18 févr. 2027

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A paraître 18 févr. 2027
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  • EAN13 : 9782380722246
  • Editeur : Kime
  • Date Parution : 18 févr. 2027
  • Disponibilite : Pas encore paru
  • Barème de remise : NS
  • Nombre de pages : 300
  • Format : H:200 mm L:110 mm E:25 mm
  • Poids : 0gr
  • Résumé : Cette revue annuelle s'intitule Prismes. Théorie critique. Son premier numéro a été publié en 2018. Ilyaneufans. Donald Trump était au pouvoir. Benyamin Netanyahou aussi. Et Vladimir Poutine tout autant. Quant à l'Iran, c'était déjà une puissance dangereuse, qui réprimait toutes les forces de liberté dans son peuple. En France, l'année précédente, c'est-à-dire en 2017, Marine Le Pen, à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle, talonnait Emmanuel Macron. Le Monde du jeudi 27 avril 2017 - c'était l'entre-deux tours - titrait : « Face à Le Pen, le front républicain ne parvient pas à se mettre en place. » Certains d'entre nous, au comité de Prismes, s'en souviennent parce que le Monde, ce jour-là, publiait aussi en page 14 un article sur le penseur Miguel Abensour, qui venait de mourir - figure qui a tant compté pour faire connaître en France les analyses de l'école de Francfort, et personnalité intellectuelle qui nous a tous marqués, dans ce comité... C'est lui-même qui nous avait réunis pour lancer cette revue. Il y a neuf ans, certaines oeuvres marquaient l'époque, ni plus ni moins qu'aujourd'hui : celle de Michel Foucault notamment, qui était parfois confrontée à d'autres théories du « pouvoir » ou de la domination. Walter Benjamin faisait l'objet d'innombrables publications. Et depuis quelque temps Theodor W. Adorno suscitait colloques et recherches, semblant attirer de plus en plus de jeunes curieux. Il y a neuf ans, les théories féministes occupaient déjà de nombreux travaux, le concept d'intersectionnalité forgé en 1989 par Kimberlé Crenshaw était bien connu, bell hooks avait publié presque toute son oeuvre, Trouble dans le genre de Judith Butler existait depuis 28 ans, la notion de queer intéressait chercheurs et militants. Les études post- coloniales et décoloniales existaient aussi, l'histoire de l'esclavage faisait l'objet de recherches variées, et l'idée d'une « déconstruction » à mener à l'égard de certaines notions très occidentalo-centrées faisait son chemin, dans les pas de Jacques Derrida et d'Edward Saïd. Quant aux réserves à l'égard de ces démarches, voire aux angoisses à propos d'une disparition de « l'identité » - française et autre - , elles n'étaient pas en reste, les publications en témoignent. La destruction de la planète préoccupait déjà, en 2018. On évoquait de plus en plus souvent le pessimisme de Günther Anders à propos des capacités humaines à se détruire et à détruire le monde. André Gorz intéressait certains. Le concept de « décroissance » était très discuté , de même, celui d'« écocide ». La nature, l'animal, le végétal : tout cela était entré dans les travaux et les tourments. Et pourtant, neuf ans plus tard, tout nous apparaît terriblement différent. Le monde a changé. Et le changement est toujours une énigme. On a beau faire le point sur ce qu'il en était à l'époque et sur notre situation d'aujourd'hui, noter des proximités, des permanences, le présent se donne à nous dans la discontinuité avec le passé. Des événements se sont produits depuis 2018. Des surgissements. C'est peut-être par là qu'il faut prendre ce problème du changement. Deux guerres à fort potentiel de « mondialisation » ont été déclenchées, l'une par l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, l'autre sous la forme d'un emballement au Moyen-Orient à la suite des attaques du 7 octobre 2023 en Israël. Un moment - ou un « mouvement » - que l'on a appelé Me Too s'est déployé, dont les répercussions sociales, politiques, juridiques aussi, ont été considérables, dans de très nombreuses parties du monde. On pourrait aussi évoquer le retentissement des images montrant l'agonie de George Floyd en 2020, asphyxié par un policier de Minneapolis. Et sans doute d'innombrables faits encore, parmi lesquels les catastrophes appelées « climatiques », souffrances répétées, vies fauchées. Sans oublier l'intelligence artificielle, entrée dans nos vies comme d'un coup - même si, évidemment, une analyse soigneuse pourrait lister les différentes étapes qui y ont conduit, la manière dont l'IA a peu à peu changé l'Internet, l'armement, le renseignement, etc. Cependant, aucune liste d'événements ne permet de recoudre entièrement le fil avec le passé. Quelque chose dans le présent nous submerge. Le maintenant est brut, le nouveau est saisissant. La pensée est en difficulté. Vers où nous dirigeons-nous ? Peut-on discerner, dans ce présent, certains points - d'aucuns diraient arêtes ou angles ou axes... - plus essentiels que d'autres, leur donner un nom, construire à partir d'eux des « concepts » ? Critiquer vient du verbe grec krinein, qui signifie trier. Trier dedans. Remonter un peu à la surface, par la pensée. Comprendre. Peut-être aussi juger, quitte à s'y essayer à plusieurs fois : la critique est aussi autocritique, sinon elle est une farce. En effet, il ne faudrait pas confondre l'acte critique avec une pure et simple quête de puissance - puissance de savoir, puissance de jugement. La critique a souvent plus à voir, dans ses possibles lucidités, avec la sensation d'un trouble, d'une bouée provisoire pour naviguer un peu, d'une singularité soudain découverte et partageable avec d'autres - et même avec ce que Miguel Abensour, dans les pas de Walter Benjamin et de Theodor W. Adorno, appelait « le choix du petit ». Un regard, au fond. Prêt à se reprendre, à voir autrement, à recommencer. Cette critique, quelle peut-elle être aujourd'hui ? Les penseurs de Francfort se posaient en leur temps ce problème fondamental. « Théorie critique » : ainsi caractérisaient-ils leur manière de réfléchir, entre philosophie et sciences sociales, entre héritages et inventions. Après huit numéros de cette revue intitulée Prismes. Théorie critique, il était temps de nous confronter directement à ce terme de « critique », adjectif ou substantif. Nous avons contacté, pour ce numéro, divers auteurs qui nous sont apparus comme ayant à la fois, aujourd'hui, une démarche critique et une certaine réflexion sur ce qu'est, précisément, la critique. Nous avons choisi la pluralité et la liberté, en faisant appel à des personnalités intellectuelles très différentes les unes des autres, et souvent audacieuses, quelles que soient leur « discipline » première. Des personnalités qui nous ont semblé correspondre à l'esprit de cette phrase de Max Horkheimer, la dernière de son essai de 1937 intitulé « Théorie traditionnelle et théorie critique » : « Toute philosophie qui pense trouver la paix en elle-même, dans une quelconque vérité, n'a rien à voir avec la théorie critique ».
  • Biographie : Philosophe et historien de l'art, Georges Didi-Huberman est maître de conférence et directeur d'études à l'EHESS. Il est l'auteur d'une cinquantaine d'essais (principalement aux éditions de Minuit) sur l'art et la littérature. DES LUCIOLES est sa première incursion en littérature jeunesse.
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