Loin des rives

Conference - EAN : 9791097497958
José-Flore Tappy
Édition papier

EAN : 9791097497958

Paru le : 5 févr. 2027

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A paraître 5 févr. 2027
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  • EAN13 : 9791097497958
  • Collection : POESIE
  • Editeur : Conference
  • Date Parution : 5 févr. 2027
  • Disponibilite : Pas encore paru
  • Barème de remise : NS
  • Nombre de pages : 80
  • Format : H:10 mm L:150 mm E:205 mm
  • Poids : 200gr
  • Résumé : Le recueil de José-Flore Tappy se signale par sa construction très aboutie, et par l’inscription souveraine de l’actualité la plus brûlante dans cette autre actualité qu’est la poésie. Méditation sur le lieu et le deuil, sur l’« inabordable », l’autre rive refusée et qui s’éloigne, elle fait se succéder les questions du deuil, des migrants et des sans abri avant de les ressaisir dans la strette finale, où l’attention aux êtres et au monde retrouve la tonalité première : chez José-Flore Tappy, le « tu », pour parler comme Capograssi, Buber, Capitini ou Lévinas, est toujours ici préféré au « je », lequel est totalement traversé par lui. On pense à Du Bos à propos de Thomas Hardy, rappelant que chez lui, de n’aimer pas la vie (précisément parce qu’on l’aime intensément et qu’il faut sans cesse la réparer) fait qu’on aime plus encore les êtres vivants, qu’on les aime précisément parce qu’ils sont comme soi soumis au sort de vivre. Poème du deuil et de la mémoire, Loin des rives explore l’étrange survivance de ces chemins qui relient deux êtres l’un à l’autre quand l’autre a cessé d’être. Chemin pavé de « pierres » et de « racines » quand on se jouait de ses embûches pour partager une soupe ou un éclat de rire. Chemin sur lequel aujourd’hui l’un « rejoint l’autre où il n’est plus ». Chemin penché « comme une fumée » entre deux âmes. Chemin parfois d’une pâle éclaircie où deux jeunes filles, telles deux Moires inversées, « brodent le rivage » en rendant « proche l’éternité ». Ces mille « chemins de miel et de ciment » sans cesse parcourus, sont-ils les lieux d’une consolation ? Les larmes et la douleur sont là pourtant avec « ces mots qu’on épluche comme des oignons », ces visites qu’on rend à ses tombes et ces prières qu’on envoie à ceux qui dorment « sous la voûte étoilée des racines ». Les larmes sont bien là, en effet, et une autre douleur, annoncée dès l’épigraphe du poème, ressurgit avec elles comme si elle les avait précédées et les contenait toutes : « Un jour c’est à l’envers que la vie fait les choses. » Car cette mort de l’aimé (ami ou père) est une blessure dans une autre blessure incessamment rouverte. Ailleurs, plus loin, partout, cette mort frappe, et jusqu’en mer où elle avale les barques des désespérés. Ainsi d’un poème à l’autre, et souvent au sein du même, s’entretissent un ici et un là-bas, un proche et un lointain, « le dallage d’une cour » à « un espace sans bord », parce que même les amis réunis ne l’étaient « qu’en équilibre sur un frêle radeau ». Il faut s’approcher, mettre du « sel » dans cette blessure afin qu’elle ne cicatrise pas, examiner ce « tant de vies jetées à la mer », ces regards sans boussole, ces espoirs déçus, cette attente « comme un sang noir dans les veines », ce balancement des corps du côté de l’abîme, « toute une vie loin des rives ». Et de quelles rives s’agit-il, si jamais on les atteint ? Juste de frêles tentes posées sur les trottoirs d’une « ville qui naufrage », quelques lumières ici ou là, deux ou trois sucreries, des rêves en miettes, des mémoires qui s’effacent. Qu’est-ce alors que « parler contre le silence », si ce n’est aussi marquer ces chemins de la mémoire des quelques objets concrets qui prêtent leur nom à leurs stations immatérielles ? José-Flore Tappy dit qu’elle ne fait que pousser sa « brouette sur un sol instable » et que sa mémoire y grince « comme une braise dans un feu froid ». Voilà deux objets qui ne sont encore que des images, des sensations : une brouette qu’on roule et un feu qu’on ravive, mais c’est ici, sous ces images, sous ces sensations que le poème rassemble des cailloux et des racines, des vagues et des barques. Ici encore des assiettes ébréchées, des cartons vides et des bouteilles. Plus loin, du pain, une odeur de linge, une chaise sur un trottoir. Ailleurs encore, du feuillage et de la mousse, des roses mortes et des jasmins sauvages... tout un monde familier et tangible qui nous rapproche de ces « rives » trop lointaines en les plaçant sur un chemin pavé de mots très simples. Car ces rives sont celles de ces lieux habitables qu’on n’habite plus, celles qui nous rattachaient aux êtres aimés qui ont disparu, et seul le poème les approche en suivant un sentier étroit et fragile, « un sentier qui nous précède et s’en va, béquillant sur ses pierres ». Ainsi c’est au bout de ce sentier comme au terme du poème que l’on retrouve l’ami perdu. Est-il celui des premiers vers ? Qu’importe, c’est l’ami. Il marche à nouveau sur un chemin de « fumée » et ses pas dans la neige allument un « fanal » qui ramène « doucement » « les visages disparus » « aux rives » de celle qui les pleurait. « Une ombre claire » alors lui fait signe et, soudain plus légère, l’écrivaine s’avance, se souvenant peut-être des recommandations faites à Orphée, « sans regarder derrière soi » avant que tout ne bascule à nouveau « dans l’obscur ». Son moi intime, celui qui disait « je » jusqu’ici, devient alors un « nous rêveurs », un pluriel « d’âmes errantes ». Et tandis que la nuit revient, c’est ce « nous sans sommeil » qui prononce les derniers mots du poème. Mais partout, en vérité, l’apaisement dans la tension, ou la tension constante dans l’apaisement. La poésie est ici l’actualité de ce battement.
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